Le Gabon entend exploiter ses ressources gazières pour renforcer sa sécurité énergétique

L’économie du Gabon dépend depuis longtemps du pétrole. Mais son système électrique fonctionne principalement au gaz, et cet écart façonne aujourd’hui la manière dont le pays planifie son avenir énergétique.

Depuis sa prise de fonction en janvier 2026, le ministre gabonais du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, s’efforce d’attirer des capitaux internationaux et de monétiser les ressources gazières naturelles du Gabon. Un nouveau Code gazier est en cours d’élaboration, parallèlement à des projets de gazoduc de 130 à 150 km reliant Gamba à Libreville d’ici début 2028. Le projet GNL Cap Lopez de Perenco, d’un montant de 2 milliards de dollars, est conçu pour produire 700 000 tonnes de GNL par an tout en réduisant significativement le torchage du gaz.

Le Gabon dispose déjà d’abondantes réserves de gaz. Le véritable défi consiste à le transformer en électricité abordable pour les foyers, les entreprises et le réseau national.

1. Pourquoi le gaz compte désormais pour le Gabon

Le pétrole porte toujours l’économie, mais la tendance est difficile à ignorer. La production de brut devrait se contracter d’environ 3 % en 2026. Le pétrole représente environ un quart du PIB et environ 60 % des recettes d’exportation. Sur le champ mature d’Etame Marin, plus de 88 % des réserves ont déjà été produites.

Le gaz offre un second pilier. Il peut alimenter la production d’électricité, approvisionner la transformation industrielle et réduire le gaspillage du gaz associé actuellement torché. Pour un pays confronté à des pénuries d’électricité, le gaz devient autant une question de sécurité énergétique qu’une question d’exportation.

2. Où se situe l’opportunité gazière

Les autorités font état de réserves de gaz estimées à 28 000 milliards de pieds cubes, décrites dans un rapport de forum comme des réserves onshore avérées. Un chiffre de ressources de cette ampleur ne constitue pas la même chose que du gaz effectivement livré à un acheteur. L’écart entre les deux, c’est l’infrastructure.

Cap Lopez est le projet phare. Il vise à monétiser le gaz offshore tout en réduisant le torchage, et à produire du GPL en complément du GNL. Son calendrier, toutefois, appelle à la prudence :

  • Les autorités évoquent une mise en service en 2026.
  • Le PDG de Dixstone a évoqué un démarrage des opérations d’ici fin 2027.
  • Fin août 2026, un méthanier était encore en cours de conversion en unité de stockage flottante à Dubaï.

Pour les investisseurs, la date de démarrage commercial demeure une cible mouvante plutôt qu’une garantie établie.

Cap Lopez est le plus grand projet, mais pas le seul. Perenco s’est également engagé à construire, avec Gabon Power Company, une centrale au gaz plus modeste à Mayumba, utilisant le gaz associé offshore pour alimenter le sud reculé du pays. Une seconde installation de GNL, prévue à Port-Gentil pour un coût d’environ 983 millions de dollars, ajouterait une capacité supplémentaire. Ensemble, ces projets montrent que plusieurs développeurs misent sur le gaz gabonais.

3. Qui utiliserait réellement le gaz du Gabon

Qui consomme réellement le gaz :

  • La compagnie nationale d’électricité SEEG et ses centrales au gaz. Aksa Energy détient un contrat de 10 ans pour louer et exploiter 145 MW de centrales au gaz à Libreville et Port-Gentil, avec une mise en service prévue en juin 2026.
  • La production d’urgence, désormais au gaz. La centrale flottante de Karpowership fournit 150 MW à Libreville. Elle fonctionnait initialement au fioul importé, mais est passée au gaz naturel gabonais en 2025, réduisant les émissions et les coûts en carburant.
  • L’industrie. La production de Cap Lopez devrait soutenir la transformation locale du manganèse. Le gazoduc Gamba-Libreville s’inscrit dans une volonté de transformer les ressources primaires sur le territoire national d’ici 2029.
  • Les ménages et les petits utilisateurs commerciaux. Le GPL issu de Cap Lopez cible le marché du combustible de cuisson, où la demande en énergie propre est la plus facile à justifier.

4. Problèmes réels, opportunités réelles pour les capitaux privés

Le gaz n’est pas la ressource rare ; les ressources rares, ce sont les gazoducs, les centrales électriques, un acheteur solvable et un prix qui convienne aux deux parties.

Le secteur électrique montre des signes de tension. En 2023, la capacité installée était de 704 MW contre une demande de 1 039 MW, et la SEEG a été placée sous administration provisoire d’août 2024 à mai 2025. En mars 2026, le président a exhorté la SEEG à trouver des solutions alors que les coupures se multipliaient dans le Grand Libreville, invoquant la hausse de la demande et le vieillissement des infrastructures. Même là où la production existe, un ancien ministre de l’Énergie a indiqué que les coupures sont de plus en plus imputables au réseau de transport.

Le gazoduc reliant Gamba à Libreville est donc central. Sans lui, le gaz produit dans une région ne peut atteindre de manière fiable les centrales électriques de la capitale.

Le Gabon ne manque ni de gaz, ni d’ambition, ni de raisons d’attirer l’attention des investisseurs. Ce qui lui manque encore, c’est le tissu conjonctif : gazoducs, centrales électriques et paiement fiable qui transforme les molécules en mégawatts.

 

BASIS: Transition Finance Watch

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