Le marché de la mobilité électrique au Cameroun se développe rapidement, porté par les incitations fiscales, la progression des opérateurs privés et l’émergence de projets de transport public électrique. Le principal dispositif d’incitation du pays, une réduction de 50 % de la valeur imposable des véhicules électriques, des batteries et des stations de recharge importés, assortie d’une exonération de droits d’accises, est en vigueur depuis le 1er janvier 2025 pour une durée de 24 mois. Sauf prolongation par le gouvernement, cette mesure doit prendre fin vers la fin de 2026.
Pour les investisseurs qui envisagent d’entrer sur ce marché, les perspectives s’élargissent, mais les défis liés aux infrastructures et au financement restent importants. Le secteur évolue déjà plus rapidement que ne le prévoyait le dispositif mis en place pour le soutenir.
1. L’expansion rapide de Spiro met à l’épreuve les infrastructures
La croissance de Spiro illustre la rapidité du développement de la mobilité électrique au Cameroun. Cet opérateur indien de deux-roues est entré sur le marché camerounais en mai 2025 avec un projet pilote de 100 motos à Douala, soutenu par une facilité de financement de 29,1 milliards de FCFA d’Afreximbank.
En avril 2026, Spiro avait installé plus de 15 stations d’échange de batteries à Douala et s’était associé à Royal Holding, opérateur de Yango, pour déployer sa première flotte commerciale de motos électriques. L’entreprise s’est étendue à Yaoundé en juin, a ciblé Bafoussam pour le quatrième trimestre et a signé une commande de 1 000 motos avec le distributeur Motozone, d’une valeur d’environ 540 millions de FCFA.
Une levée de fonds de 215 millions de dollars a été clôturée le 1er juin 2026. Une partie des fonds est destinée aux infrastructures locales de batteries et aux capacités d’assemblage, avec une couverture nationale visée d’ici 2028.
En moins de dix-huit mois, Spiro est passé d’un projet pilote dans une seule ville au premier opérateur de mobilité électrique du pays en termes de présence visible. Toutefois, son réseau de stations d’échange continue de s’étendre en même temps que sa flotte, plutôt qu’en amont de celle-ci.
2. Le transport public électrique à Douala et à Yaoundé
L’électrification des bus progresse à des rythmes différents dans les deux principales villes du Cameroun. Le système de bus à haut niveau de service (BRT) de Douala, évalué à 335,3 milliards de FCFA, soit environ 543 millions de dollars, bénéficie d’un financement de la Banque mondiale à hauteur de 78 %, auquel s’ajoute une composante de 100 millions de dollars destinée à une flotte de bus du secteur privé. En matière de financement, il s’agit du projet le plus avancé.
Le projet faisait toutefois face, à la mi-2026, à un déficit de financement de 104,6 milliards de FCFA, soit 40 % de son budget. En mars, la Banque mondiale l’avait jugé « modérément insatisfaisant », et un examen du projet était en cours au moment du rapport source.
À Yaoundé, le projet TransYaoundé a été relancé le 23 septembre 2026, après dix ans de retards. Son plan prévoit 52 bus électriques, ce qui constitue le premier engagement clair en faveur de bus électriques dans le système de transport public de l’une ou l’autre des deux villes.
Le financement, qui pourrait prendre la forme d’un prêt de l’AFD compris entre 100 et 180 millions d’euros, n’a pas encore été finalisé.
3. Pourquoi la transition vers la mobilité électrique est importante
Les considérations économiques plaident de plus en plus en faveur de l’électrification. Les importations de carburants routiers ont représenté environ 3,6 % du PIB en 2025. Par ailleurs, les coûts énergétiques des véhicules à essence et diesel sont 6,4 fois plus élevés que ceux des véhicules électriques au Cameroun, un écart supérieur à celui observé en Tunisie, en Afrique du Sud ou au Kenya.
Cet écart s’est encore creusé en 2026. En septembre, le prix réglementé du diesel était de 828 FCFA par litre, contre un coût d’importation de 860,10 FCFA. L’État devait ainsi couvrir une subvention de 315,47 FCFA par litre, contre 109,22 FCFA en juillet.
Douala compte à elle seule environ 800 000 moto-taxis, alors que seuls quelques centaines sont actuellement électriques. Le marché potentiel reste donc nettement supérieur au nombre de véhicules déjà convertis.
4. Les obstacles et les risques du marché
Les infrastructures peinent à suivre l’expansion des flottes. Les installations de recharge et d’échange de batteries restent limitées par rapport aux projets de déploiement des véhicules. La plupart des opérateurs cités déclarent un nombre de stations à un chiffre : PROXYM en compte trois et upOwa également trois. Les plus de 15 stations de Spiro à Douala en avril 2026 constituent une exception, mais ce réseau doit encore être multiplié plusieurs fois pour répondre à la commande de 1 000 motos de Motozone et soutenir l’expansion nationale.
Le financement du transport public électrique reste incertain. Le projet BRT de Douala, d’un montant de 543 millions de dollars, présente un déficit de financement non résolu de 40 % et a reçu la note « modérément insatisfaisant » de la Banque mondiale. À Yaoundé, le projet de 52 bus électriques ne dispose toujours pas d’un financement ferme.
La période d’incitation fiscale est limitée. Le dispositif de 24 mois pourrait ne pas être prolongé. Les investisseurs qui comptent sur le traitement fiscal actuel doivent donc anticiper la possibilité que les avantages prennent fin comme prévu.
Les données officielles sur l’adoption peuvent accuser un retard. Le chiffre de « plus de 100 motos électriques en 2025 » figurant dans le profil source est probablement dépassé au regard de l’expansion de Spiro en 2026. Les investisseurs devraient considérer les chiffres publiés sur l’adoption comme indicatifs plutôt que comme des données nécessairement à jour.
5. Les opportunités d’investissement dans la mobilité électrique
- Profiter des incitations tant qu’elles restent disponibles. La réduction de 50 % de l’assiette fiscale et l’exonération de droits d’accises offrent aux importateurs de véhicules, de batteries et de stations de recharge une fenêtre limitée pour bénéficier des conditions actuelles.
- Développer les capacités de recharge et d’échange de batteries avant l’expansion des flottes. La croissance de Spiro montre que les infrastructures, plutôt que la demande, constituent la principale contrainte. Les opérateurs et les financeurs qui investissent dès maintenant dans ces capacités pourraient éviter une concurrence accrue pour un nombre limité de stations.
- Suivre l’examen du BRT de Douala. Son issue, attendue au cours du trimestre indiqué dans le rapport source, déterminera si la composante de 100 millions de dollars consacrée à la flotte privée de bus sera maintenue à son échelle initiale.
- Surveiller le financement de TransYaoundé. La confirmation d’un prêt de l’AFD ferait de ce projet le premier projet de bus électriques financé du pays et pourrait servir de modèle à des initiatives similaires dans la région.
6. Les prochains éléments à suivre pour les investisseurs
Les incitations camerounaises à la mobilité électrique ont été instaurées pour deux ans, et la deuxième année touche à sa fin. Les investisseurs qui envisagent d’entrer sur le marché doivent évaluer l’opportunité avant l’expiration de la période d’incitation actuelle, tout en tenant compte des capacités des infrastructures, du financement des transports publics et de la fiabilité des données disponibles sur l’adoption des véhicules électriques.
L’opportunité de la mobilité électrique au Cameroun ne se limite pas à l’importation de véhicules. Les infrastructures de recharge et d’échange de batteries, le développement des flottes et l’électrification des transports publics participent également à l’évolution du marché. Les investisseurs doivent examiner ces perspectives en tenant compte de la durée limitée des incitations fiscales actuelles et des besoins de financement des grands projets de transport.
Sources et lectures complémentaires
- K&Y Energy Advisors, « Cameroon Electric Mobility Profile » (janvier 2026).
- Ecofin Agency, Business in Cameroon, Investir au Cameroun, Semafor et Electrive.com, sur l’expansion de Spiro au Cameroun en 2025–2026.
- Business in Cameroon, Investir au Cameroun et AllAfrica.com, sur les projets BRT de Douala et de Yaoundé en 2025–2026.
- Business in Cameroon, sur les chiffres de septembre 2026 relatifs aux subventions aux carburants au Cameroun.
